Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 16:58

Selon les définitions les plus courantes, un tueur en série est un meurtrier récidiviste ayant commis au moins trois meurtres séparés par un intervalle de temps plus ou moins long. C’est un psychopathe qui se caractérise par le plaisir qu’il tire des meurtres et un sentiment très fort de supériorité. Il n’agit ni par idéologie, ni par fanatisme ni par appât du gain. C’est le plus souvent un homme et les cas avérés semblent se multiplier récemment dans tous les pays. Mais il y a des exceptions.

 

 

C’est aussi devenu un personnage récurrent de la littérature policière, qui s’emploie à développer les personnalités les plus bizarres et les meurtres les plus énigmatiques. Pourtant, la réalité dépasse souvent la fiction.

 

 

Belle Sorenson Gunness ne correspond pas au profil attendu. C’était une femme, née au milieu du XIXe siècle, qui semble avoir été surtout motivée par l’argent. Elle a été accusée d’avoir éliminé plus de 40 personnes entre 1885 et 1908. Aujourd’hui encore, sa disparition reste entourée de mystères.

 

Belle Gunness était née en 1859 en Norvège, dans le village de Selbu, à 60 km au sud-est de Trondheim. Son nom de naissance était Brynhild Paulsdatter Størset. C’était la plus jeune d’une famille de 8 enfants.

 

Ses premières années ne sont pas très documentées. Selon certains biographes, elle était enceinte en 1877 quand elle fut agressée lors d’un bal de campagne. Cette attaque lui aurait provoqué une fausse couche, mais son agresseur, issu d’une famille de riches paysans, n’aurait jamais été inquiété. Selon ses proches, la personnalité de Brynhild en aurait été profondément marquée.

 

Suivant l’exemple d’une de ses sœurs, elle économisa pendant trois ans pour se payer un voyage jusqu’aux Etats-Unis. Elle débarqua à New-York en 1881, se choisissant un patronyme plus américain.

 

On la retrouve en 1884 à Chicago, où elle épousa Mads Ditlev Anton Sorenson. Ensemble ils ouvrirent un magasin de confiseries. Mais les affaires ne marchaient pas quand, en 1887, leur magasin fut détruit dans un incendie. Ils étaient assurés et l’assurance leur versa une somme avec laquelle le couple put s’acheter une maison dans la banlieue d’Austin, demeure qui devait être également ravagée par les flammes en 1898. Là encore, leur assurance leur permit de racheter une nouvelle maison.

 

Le 13 juin 1900, la famille Sorenson fut recensée par l’U.S. Census de Chicago : le couple avait eu 4 enfants. Caroline et Axel succombèrent durant leurs premières années, suite à de violentes coliques. Les deux nourrissons étaient assurés et la compagnie compensa le chagrin des parents. Les deux enfants survivants étaient Myrtle, 3 ans, et Lucy, 1 an. Jennie Olsen, une fille adoptée âgée de 10 ans, fut également comptabilisée dans le foyer.

 

Un mois plus tard, le 30 juillet 1900 s’éteignait Mads Sorenson : c’était le seul  jour où les deux polices d’assurance sur son nom se chevauchaient, doublant la valeur de la compensation… Le premier diagnostic du médecin chargé d’enquêter sur le décès était un empoisonnement à la strychnine. Mais le médecin de famille soignait depuis des années M. Sorenson pour des problèmes cardiaques et le décès fut finalement attribué à un arrêt cardiaque. Belle Sorenson se présenta pour toucher l’argent de l’assurance le lendemain des funérailles de son époux, malgré les protestations et les accusations de la famille. Elle reçut 8 500 $, une fortune pour l’époque, avec quoi elle acheta une ferme dans les environs de La Porte en Indiana.

 

A La Porte, Belle rencontra Peter Gunness, un immigré norvégien comme elle, qu’elle épousa le 1er avril 1902. Une semaine après la cérémonie, la toute jeune fille de Gunness née d’un premier mariage devait décéder de cause indéterminées alors qu’elle se trouvait seule à la maison avec Belle. En décembre 1902, Peter lui-même fut victime d’un accident fatal : alors qu’il travaillait dans la grange, une pièce d’une machine de boucherie se serait détachée et lui aurait fracassé le crane.

 

Une fois de plus, l’assurance versa une compensation de 3 000 $. Mais les gens qui connaissaient Peter Gunness ne croyaient pas à la thèse de l’accident : il avait monté une porcherie sur la propriété et était reconnu comme un boucher expérimenté. De plus, on aurait entendu Jennie Olsen dire que sa mère avait tué son père avec un tranchoir à viande. Le médecin légiste du district étudia le cas et conclut à un meurtre.

 

Belle Sorenson Gunness fut convoquée devant un jury. Sa fille adoptive Jennie fut appelée à témoigner mais nia avoir raconté cette histoire. Belle réussit à convaincre le jury de son innocence : elle était enceinte et les jurés furent apparemment émus par ses difficultés.

 

Belle Gunness et ses enfants


Après cette affaire, Mme Gunness engagea un unique employé, Ray Lamphere, pour l’assister dans le travail à la ferme. En 1906 ils étaient officiellement fiancés quand le voisinage s’inquiéta de ne plus voir Jennie. Belle affirma qu’elle l’avait envoyé suivre des études dans une école luthérienne pour filles de Los Angeles. Malheureusement, la jeune fille devait déjà être morte.

 

A peu près à la même époque, Belle fit publié une petite annonce dans la rubrique matrimoniale des quotidiens de Chicago et des autres grandes villes :

"Charmante veuve possédant une grande ferme dans l’un des meilleurs districts de La Porte, Indiana, souhaite faire la connaissance d’un gentleman du même milieu en vue d’unir nos fortunes. Les réponses par courrier ne seront pas examinées si l’expéditeur ne souhaite pas faire suivre sa réponse d’une visite en personne. Amateurs de bagatelle s’abstenir."

 

De nombreux hommes firent le voyage jusqu’à la propriété de Belle Gunness. L’un d’entre eux était George Anderson, venu du Missouri. Immigrant norvégien comme elle, il fut plutôt déçu par les manières rudes et l’apparence de Mme Gunness, maintenant âgée de 45 ans. C’était alors une femme robuste, mesurant 1,73 m pour près de 91 kg, habituée aux travaux rudes de la ferme et faisant preuve d’une force physique étonnante. Il fut quand même bien reçu et logé dans une des chambres d’amis de la ferme. Il n’avait pas amené d’argent liquide avec lui, mais il avait été touché par les épreuves de son hôte et pensait rembourser l’hypothèque qui pesait sur sa propriété pour ensuite commencer une vie nouvelle à ses côtés. Au cours de la nuit, il fut soudain réveillé : Belle Gunness se tenait dans sa chambre, une bougie dans une main et un marteau dans l'autre, un air des plus sinistres sur le visage. Cette vision fit une telle impression à Anderson qu’il reprit ses affaires et repartit par le premier train. De fait, ce fut le seul prétendant à quitter vivant la ferme de La Porte…

 

En janvier 1908, Andrew Helgelein du Dakota du Sud disparut alors qu’il avait annoncé son intention de rencontrer Belle Gunness. Sa famille s’inquièta et son frère Asle entreprit d’écrire à Mme Gunness pour avoir des nouvelles. Celle-ci répondit que Andrew n’était pas venu la voir et qu’il avait du partir en Norvège rendre visite à sa famille. Selon Asle Helgelein, c’était très improbable et il annonça son intention de venir faire des recherches dans la région de La Porte.

 

A la même période, la situation devait se dégrader entre Belle Gunness et Ray Lamphere, son homme à tout faire. Il semble qu’il ait été jaloux des visites et de la compagnie que recevait sa patronne, et il commença à manifester ouvertement sa colère. En réponse il se fit renvoyer le 3 février 1908 et fut remplacé par un dénommé Joe Maxon.

 

Ray Lamphere semblait en savoir beaucoup sur ce qui passait à la ferme. Gunness chercha à le faire interner mais il fut déclaré sain d’esprit et relâcher. Elle commença alors à répandre le bruit qu’il avait menacé de la tuer, elle et ses enfants. Elle remboursa l’hypothèque sur son domaine et fit rédiger son testament dans le cas où il lui arriverait quelque chose.

 

Le 28 avril 1908, Joe Maxon échappa de justesse à un incendie qui devait complètement ravager la ferme de Belle Gunness. Dans les débris furent découverts 4 corps : une femme adulte dont la tête ne fut pas retrouvée, et 3 enfants. Les enfants furent identifiés comme étant Myrtle, Lucy et Philip, né en 1903 de la brève union avec Peter Gunness.

 

Malgré son procès et les visites qu’elle recevait, Belle Gunness était appréciée dans le voisinage, une femme digne qui élevait courageusement ses enfants malgré les malheurs qui l’aveint frappée. Les gens se souvenaient des menaces de Ray Lamphere et il devint le premier suspect. Quand un témoin déclara l’avoir aperçu s’enfuyant de la ferme juste avant le début de l’incendie, il fut arrêté par le sheriff du comté.

 

Mais pour pouvoir l’inculper de la mort de Mme Gunness, il fallait l’identifier. Il était nécessaire de retrouver la tête manquante et une fouille minutieuse des débris fut organisé par le sheriff. Cela permit de retrouver des fausses dents appartenant à Belle, ce qui semblait confirmer la thèse de l’assassinat. Mais d’autres éléments troublants furent découverts, des montres d’homme, des boutons de manteau, et même des ossements.

 

En mai 1908, Asle Helgelein se présenta devant le sheriff : il avait été informé par la presse des évènements et souhaitait participer aux recherches pour voir s’il ne pourrait pas trouver des traces de son frère. Le policier restait convaincu de tenir le coupable du meurtre mais ne s’opposa pas à cette requête. A la demande d’Helgelein, les fouilles furent étendues à l’extérieur des débris de la ferme : c’est là, dans un terrain vague près de la porcherie qui servait à enterrer les ordures, que fut mis à jour un premier corps. Grâce à sa longue chevelure, il fut reconnu comme étant celui de Jennie Olsen, qui n’était pas partie étudier sur la côte ouest finalement…

 

Les recherches sur le domaine permirent de trouver les restes d’une 40e de cadavres, y compris ceux de deux jeunes enfants et ceux de Andrew Helgelein. Ils ne purent pas être tous identifiés mais la plupart furent associés aux célibataires qui étaient venus voir Belle Gunness. Par contre l’identification de la femme retrouvée dans l’incendie ne devait jamais être confirmée : une fouille minutieuse permit de retrouver des fausses dents appartenant à Belle, mais, même en tenant compte des ravages du feu, le corps semblait correspondre à une femme de moindre stature. De plus, une autopsie révéla que les 4 victimes étaient morte suite à un empoisonnement à la strychnine.

 

Le 22 mai 1908 débuta le procès de Ray Lamphere : en novembre 1908, il fut reconnu coupable d’incendie volontaire mais pas du meurtre de la famille Gunness, et condamné à 20 ans de prison. Il contracta la tuberculose en cellule et devait décéder le 30 décembre 1909.

 

Le 14 janvier 1910, le révérend Schell rendit public les confessions que lui avaient faites Ray Lamphere alors qu’il agonisait en prison. Selon ce témoignage, confirmé par d’autres confidences faites à ses compagnons de cellule, Il n’avait jamais tué personne mais il avait aidé Belle Gunness à disposer de nombreuses victimes. Il avait notamment participé au recrutement d’une jeune servante à Chicago, qui devait être assassinée et décapitée pour tenir le rôle du cadavre de la riche veuve, et à la mise en scène de l’incendie après que Gunness ait empoisonné ses propres enfants. Ils devaient se retrouver sur la route, mais il avait été trahi une dernière fois par la meurtrière qui s’en était allée sur un autre chemin.

 

Lamphere affirmait que Gunness était une femme très riche : selon ses comptes, elle avait éliminé 42 célibataires, recueillant entre 1 000 et 32 000 $ à chaque fois. Lors de sa disparition, elle aurait disposé de plus de 250 000 $, une véritable fortune à cette époque : en 1910, une voiture luxueuse coûtait environ 1 800 $.

 

Au cours des années suivantes, différentes personnes crurent reconnaître Belle Sorenson Gunness à Chicago, San Francisco, New York ou Los Angeles. Pour d’autres, elle se serait enfuie en Norvège. Quoi qu’il en soit, elle ne fut jamais appréhendée.

 

 

 

Des années plus tard, sa sœur devait déclarer : "Belle était folle de l’argent, c’était sa grande faiblesse".

 

 

 

L’article Wikipedia sur Belle Gunness (anglais)

 

Un article sur le site Tueur en Série (français)

 

Un article très complet (anglais)

 

Par Taranto
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 12:05
"Dans l'espace d'un seul jour et d'une nuit terribles, toute votre armée athénienne fut engloutie d'un seul coup sous la terre et, de même, l'île Atlantide s'abîma dans la mer et disparut. "

 


 

"Gibel Atlantidy" de Nicholas Roerich


 Cet extrait du Timée de Platon rappelle l’un des mythes grecs les plus célèbres, celui de la disparition sous les mers d’un continent tout entier. Pourtant, si c’est la légende la plus connue, ce cas n’est pas unique dans les récits de l’Antiquité.

 

Plus modeste que le continent de l’Atlantide, l’île de Chrysè était située près de celle de Lemnos, à mi-chemin entre la Grèce et la Turquie. Elle était célèbre pour son temple d’Apollon, et apparaît à plusieurs reprises dans l’Iliade : c’est notamment là que le héros Philoctète aurait été mortellement blessé par une vipère alors qu’il était en route pour rejoindre le siège de Troie. Elle est encore mentionnée lors de la Troisième guerre de Mithridate vers 70 avant JC.

Mais, quand Pausanias rédige sa Description de la Grèce vers 175, il raconte :

"Il y avait, à peu de distance de Lemnos, l'île dé Chrysé, où Philoctète eut le malheur d'être mordu par un serpent; les flots l'ont entièrement couverte, elle s'est enfoncée et a disparu dans les abîmes, tandis qu'une autre île nommée Hiéra, qui n'existait pas auparavant, est sortie du sein de la mer. C'est ainsi que toutes les choses humaines ne subsistent que pour un temps et n'ont rien de durable."

 

Un autre cas est plus extraordinaire. En une seule nuit d’hiver, la cité grecque de Hélikè fut submergée par la mer à la suite d’un violent séisme qui frappa la côte sud de l’isthme de Corinthe. Cette fois, il ne s’agit pas d’une petite île, mais d’une grande cité.

 

Hélikè fut fondée à l’Age de Bronze, au cours de la période Mycénienne (1550 à 1100 av JC). Au VIIIe siècle av JC, ses colons débarquaient en Italie du sud et fondaient la cité de Sybaris. Au Ve siècle avant JC,  elle était la capitale des douze cités de la première Ligue Achéenne et était déjà célèbre pour son grand sanctuaire dédié à Poséidon Hélikonios, dieu de la mer et des tremblements de terre : au cours de la période classique, ce sanctuaire n’était dépassé que par Delphes en terme d’importance.

 

Pièce de monnaie de Hélikè


C’est au cours de l’hiver 373 av JC que se produisit la catastrophe. Il y avait eu plusieurs présages : des colonnes de feu étaient apparues dans les airs et depuis cinq jours, tous les animaux, même les insectes, avaient entrepris de fuir la ville et ses environs. Au cours de la nuit, la cité, son port et un territoire allant jusqu’à environ 2 km à l’intérieur des terres furent envahis par les eaux de l’isthme de Corinthe. Malgré les secours envoyés par les villes voisines, tous les habitants périrent et il ne resta rien de la cité, à l’exception de quelques fragments et du sommet des arbres sacrés du sanctuaire de Poséidon qui dépassait des flots.

 

Selon la légende, Hélikè avait été fondée par Ion, le chef des tribus ioniennes d’Asie mineure. Quand les habitants de la cité humilèrent des Ioniens, leur refusant une statue de Poséidon et les jetant hors du sanctuaire pour les assassiner, le dieu des tremblements de terre décida de se venger de la ville.

 

Quelques 150 ans plus tard, le philosophe Eratosthène visita le site de la catastrophe et raconta qu’une statue de Poséidon tenant un hippocampe était submergée dans le lagon, représentant une menace pour tous les pécheurs au filet.

 

Lors de son voyage en Grèce, 500 ans après le désastre, Pausanias décrivit le site en précisant que les murs de la ville étaient toujours visibles sous les eaux. De fait, le site devait être une destination appréciée des touristes romains, au cours des siècles suivants. Mais les alluvions du fleuve Sélinus ont peu à peu comblé le lagon, et l’histoire du lieu fut oubliée.

 

Une catastrophe identique eut lieu au même endroit en 1817 : le 23 août, des bruits de canonnades se firent entendre près de la côte, précédant de quelques minutes un violent tremblement de terre. Les eaux envahirent le delta du fleuve, faisant disparaître la plage et toutes les structures côtières : 5 villages furent détruits et 65 personne trouvèrent la mort.

 

Carte de la zone de prospections archéologiques - © Helike Foundation


En 1988, l’archéologue grecque Dora Katsonopoulou lançait le Projet Hélikè en vu de retrouver le site historique. La cité fut officiellement mise à jour en 2001, enfouie dans l’ancien lagon. Depuis, des campagnes de fouilles ont lieu chaque été.

 

Il est intéressant de noter que Platon fut un contemporain de la catastrophe d’Hélikè : il devait rédiger le Timée, où l’Atlantide est mentionnée pour la première fois, 15 ans après le désastre. Hélikè et Atlantis ont en commun  différents éléments, notamment le culte de Poséidon et la vengeance du dieu qui fait engloutir la ville et ses habitants. En 1985 dans "Peut-on démythifier l'Atlantide ?", l’historien suisse Adalberto Giovannini estimait que l’histoire d’Hélikè avait bien du inspirer Platon.


Site sur l'ancienne Hélikè (anglais)

Site du Projet Hélikè (anglais)

Article de Wikipedia sur Hélikè  (anglais)

Article de BBC Science sur la découverte de Hélikè (anglais)
Par Taranto
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 12:17

Ce n’était pas la première fois que des submersibles étaient repérés dans le Golfo Nuevo. Dès 1941, on avait aperçu des sous-marin navigant en surface près de l’entrée et, en mars 1942, un sous-marin avait déjà été détecté dans les eaux du golfe.

 

 

Durant la guerre, les opérations des U-boat au large des côtes argentines furent très limitées.

 


 

 

Pourtant, deux mois après la capitulation de l’Allemagne, un sous-marin allemand se présentait dans les eaux de Mar del Plata : le U-530 avait quitté la base de Kristiansand en Norvège le 3 mars pour croiser au large des côtes américaines ; son équipage ne l’avait pas sabordé en mai, contrairement à l’ordre Regenbogen de l’amiral Dönitz et s’était dirigé vers l’Argentine pour rendre les armes dans base sous-marine de Mar del Plata le 10 juillet 1945. Cette arrivée inattendue s’accompagna de nombreuses rumeurs : le capitaine, Oberleutnant Otto Wermuth, était resté très vague sur les raisons pour lesquelles il avait fallu deux mois au submersible pour rallier l’Argentine, tout l’armement avait disparu, les membres de l’équipage ne portait aucune pièces d’identité et le journal de bord avait disparu. Une enquête de la Marine argentine suggérait qu’une mutinerie avait du se produire à bord.

 

U-boat U-530

 

Un mois plus tard, le 17 août 1945, un autre U-boat était arraisonné au large du port naval de Mar del Plata. Il s’agissait du U-977, qui avait quitté sa base de Norvège le 2 mai 1945 pour aller attaquer le port britannique de Southampton. Ayant appris la capitualtion de l’Allemagne au large de l’Ecosse, le capitaine, Oberleutnant Heinz Schäffer, avait décidé de mettre le cap vers l’Argentine par peur des représailles alliés s’il se rendait en Allemagne. Là encore, les détails de sa navigation étaient flous, laissant libre cours à de nombreuses rumeurs. 

 

U-boat U-977 à Mar del Plata

 

La réapparition de submersibles ressemblant à des U-boat plus évolués 15 ans après la fin de la guerre ne manqua pas de relancer les rumeurs, alors que l’on avait appris depuis l’existence de réseaux favorisant la fuite de dignitaires nazis vers l’Amérique du sud, comme le réseau Odessa.

 

Pourtant, si les bâtiments de type XXI étaient le fleuron de la flotte sous-marine du Reich, ils demandaient également une infrastructure technique particulièrement lourde. Sur les 118 sous-marins de ce type assemblés avant la fin de la guerre, seuls quatre furent jugés dans un état de finition satisfaisant pour le combat. Même si une hypothétique base nazi avait échappé à la vigilance des Alliés, il aurait fallu qu’elle puisse accueillir, cacher et équiper un submersible long de 76 m avec un équipage de 57 personnes.

 

A la fin de la guerre, la plupart des U-boat furent démolis ou coulés mais les Alliés purent récupérer 8 type XXI. Les Etats-Unis intégrèrent le U-2513 et le U-3008 dans la Marine américiane, le U-3017 rejoint la Royal Navy sous le nom de HMS N41 et le U-2518 devint le sous-marin français Roland Morillot, en service jusqu’en 1967.

 

Les accords de Potsdam attribuèrent 4 U-boat type XXI à l’Union Soviétique, les U-3515, U-2529, U-3035 et U-3041. Cependant, les Occidentaux furent rapidement convaincus que les Soviétiques avaient mis la main sur plusieurs autres bâtiments : selon un rapport de janvier 1948, il était admis que la Marine soviétique disposait de 15 type XXI opérationnels, qu’elle pouvait en construire 6 autres sous 2 mois et qu’elle avait la possibilité d’en produire 39 autres à partir des composants et des éléments préfabriqués qui avaient été récupérés après la capture de l’usine de montage de Danzig.

En outre, l’U-boat type XXI servit de modèle à plusieurs projets soviétiques : le projet 611 devait beaucoup s’en inspirer, le projet 614 était une copie du type XXI et le projet 613 devait reprendre les grands éléments de son  architecture. Le projet 613 devait être connu par les Occidentaux par le nom de code Whisky : entre 1949 et 1958, 215 submersibles de classe Whisky furent mis en service par la Marine soviétique.

 

Sous-marin de classe Whisky

 

Lors des évènements du Golfo Nuevo, la Marine soviétique était donc la plus susceptible de déployer plusieurs bâtiments ressemblant au type XXI allemand. Pourtant l’attaché naval soviétique à Buenos Aires devait rejeter avec indignation toutes les accusations alors que le vice-président de l’URSS, Anastas Mikoyan déclarait que " … tout ce que les Argentins risquaient de tuer dans ce golfe, c’était un tas de poissons".

 


Le président argentin Ernesto Frondizi et le président américain J.F. Kennedy en 1961.


Dans le contexte de la Guerre Froide, les Soviétiques auraient eu beaucoup à perdre si l’un des navires avaient été coulés par une nation d’Amérique du Sud, en terme militaire puisque le submersible aurait pu être exploré et répertorié, en terme de prestige alors qu’ils soutenaient la révolution cubaine depuis 1959. Dans les faits, il n’y eut ni pressions de la diplomatie russe, ni manœuvres de la Marine soviétique pour faciliter la fuite de l’intrus du Golfo Nuevo.

 

Peut-être comptaient-ils sur la prétendue invulnérabilité du sous-marin inconnu. Même si des bruits de réparations ont pu être entendu, il semble certain que la campagne de grenadage intensif n’a pas pu couler ce submersible. Les compte-rendus de l’époque soulignent à plusieurs reprises que l’intrus était difficile à traquer, échappant au repérage par sonar. Le matériel moderne livré par les Américains à partir du 20 février se révélé inutile, malgré les grenades plus puissantes, les torpilles magnétiques et acoustiques. Cela permit aux rumeurs les plus étranges de prospérer : on parla de champ de force, de capacité à devenir invisible ou à se téléporter.

 

Sans aller jusque là, il faut revenir aux capacités remarquables des submersibles de type XXI et de ses copies. Sa grande capacité de batterie lui permettait de rester immergé pour de longues durées, environ 3 jours en navigant doucement, et il fallait moins de 5h pour recharger les batteries grâce au snorkel. Il pouvait atteindre une vitesse de 32 km/h sous l’eau distançant les navires de surface les plus lourds. Enfin, il disposait d’un système de sonar avancé, permettant de naviguer sans périscope et de rendre ainsi sa poursuite plus difficile.

 

Il faut ajouter à cela le fond particulièrement accidenté du Golfo Nuevo, facilitant les manœuvres de fuite et de dissimulation, ainsi que le probable manque d’expérience des marins argentins dans la lutte anti-sous-marine. Le grenadage intensif a également montré une efficacité limitée : pour être dangereuse, une grenade sous-marine doit exploser à moins de 5m du submersible, ce qui relève d’une très grande part de chance. C’est l’accumulation de petites avaries qui finit au fil du temps par endommager les sous-marins : de nombreux U-boat survécurent à des heures de grenadage, comme le U-627 qui, en avril 1945, résista au lancer de 678 grenades.

 

Même s’il est possible d’expliquer simplement la fuite de l’intrus du Golfo Nuevo, son origine et ses motivations restent à ce jour inconnues.


L'article Wikipedia sur l'histoire de Mar del Plata (anglais)

La bataille de Golfo Nuevo (espagnol)

 

Par Taranto
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 17:36

En mai 1958, octobre 1959 et janvier 1960, un sous-marin non identifié fut repéré dans les eaux de Golfo Nuevo en Argentine. Alertée, la marine argentine se lança dans la plus vaste opération anti-sous-marin depuis la Seconde Guerre mondiale : jusqu’à 14 vaisseaux de guerre et 30 avions furent engagés dans la poursuite du submersible, avec le soutien des Etats Unis en matériel et en conseillers militaires. Malgré cela, les recherches ne donnèrent aucun résultat : le sous-marin ne fut ni capturé, ni identifié, ni retrouvé.

 

 

Le Golfo Nuevo est une étendue d’eau formée par la péninsule Valdés et le promontoire de Punta Ninfas, dans la province de Chubut en Patagonie argentine. Elle est située au bord de l’océan Atlantique sud, à 1 046 km de Buenos Aires. L’accès à la mer n’est possible que par un seul détroit large d’une quinzaine de kilomètres. Le golfe s’étend d’est en ouest sur 90 km environ, et 75 km du nord au sud. Sa profondeur maximale est de 174 m. Il n’y pas d’aménagements prévus pour les sous-marins, qui ne fréquentent habituellement pas cette zone. Par contre, la ville de Puerto Madryn abrite une base navale importante.

 

Le 21 mai 1958, c’est de cette base que les croiseurs General Belgrano, Nueve de Julio et La Argentina sortirent dans le golfe pour une mission d’entraînement aux côtés des destroyers Buenos Aires, Entre Rios, Misiones et Santa Cruz, accompagnés de navires de soutien et d’un support aéronaval. Vers 22h, le remorqueur Sanaviron débuta les tests d’un sonar remorqué : une demi-heure plus tard, un contact était confirmé alors que la mission ne comprenait aucun sous-marin. Les destroyers furent mis en alerte et se lancèrent dans des manœuvres de lutte anti-sous-marine : 22 grenades anti-sous-marines furent lâchées dans le golfe au cours de la nuit alors qu’un périscope était aperçu à plusieurs reprises. Ces opérations se poursuivirent pendant 2 semaines, avec des contacts sonar irréguliers.  Le submersible se déplaçait à grande vitesse, distançant parfois les bâtiments de surface. Le 10 juin 1958 les autorités annoncèrent que le sous-marin avait réussi à quitter le golfe, même si des traces d’huile indiquant une possible avarie avait été repérées.

 

L’affaire aurait pu en rester là mais, en octobre 1959, un nouveau sous-marin étranger fut détecté dans le Golfo Nuevo. Malgré 5 jours de recherche intense par la marine argentine, avec le soutien du porte-avions Independencia, le submersible parvint à s’enfuir.

 

On imagine donc que les marins argentins étaient particulièrement alertes quand un nouvel écho fut observé le 31 janvier 1960  à 9h30. Le 1er février, un communiqué officiel précisait qu’une force de cadets de l’Ecole Militaire Navale en mission d’entraînement annuelle sur les côtes de l’Atlantique, composé du torpilleur Cervantès et des escorteurs King et Murature, avait obtenu un contact sonar à l’entrée du Golfo Nuevo, identifié comme un sous-marin inconnu. Une force aéro-navale avait été assemblée pour mener les recherches.

 

Pendant qu’une dizaine de vaisseaux de guerre surveillait l’entrée du golfe, la flottille poursuivait ses recherches dans les eaux peu profondes : des dizaines et des dizaines de grenades anti-sous-marines étaient lâchées jour et nuit par les avions et hydravions argentins.

 

Le 10 février, le sous-marin était toujours entendu dans le Golfo Nuevo mais il restait impossible à localiser précisément, rendant très aléatoires toutes les attaques contre lui. La corvette La Repùblica était arrivée en renfort avec des opérateurs sonar plus expérimentés, et les commandos de marines argentins surveillaient les zones de débarquement possibles. Dans la nuit, vers 22h45, un deuxième sous-marin fit surface dans les eaux internationales au large du Golfo Nuevo : cette manœuvre fut considérée comme une tentative de distraction du blocus. Selon des sources militaires, ce sous-marin avait le profil d’un U-Boat type XXI, le modèle le plus récent et le plus performant, dont certains bâtiments avaient été capturés à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

U 3008, un modèle d'U-boat de type XXI

 

Le lendemain, le president argentin Frondizi ordonna la destruction de l’intrus à l’ai de tous les bâtiments disponibles : il disposait de 13 vaisseaux de guerre et de 40 avions et hydravions, ainsi que de matériel de lutte anti-sous-marine acheté pour l’occasion aux Etats-Unis.

 

Le 13 février, ce nouveau matériel était mis en service sur le site du Golfo Nuevo par une équipe technique américaine comprenant des vétérans de la Seconde Guerre dirigés par le Capitaine Ray Pitts. Les nouvelles grenades étaient efficaces jusqu’à 200 m de profondeur, soit plus que la profondeur maximale du golfe.

 

Afin de se couvrir sur le plan diplomatique, la Marine argentine lança un ultimatum au submersible fantôme : faire surface et se rendre ou être coulé. Pendant ce temps, l’Argentine demandait solennellement à 26 nations, y compris les USA et l’URSS, de reconnaître publiquement que le sous-marin leur appartenait : personne ne le fit.

 

Le 14 février, les opérations se poursuivirent avec une ardeur renouvelée : les nouvelles grenades furent lancées au rythme d’une toutes les dix minutes. Au large, deux autres sous-marins de grande taille étaient repérés en manœuvres près de la flotte argentine bloquant le golfe.

 

Les jours suivants, le contact avec le submersible fut maintenu de façon épisodique : les forces navales devaient déclarer que l’intrus semblait disposer d’une technique lui permettant d’échapper à la détection.

 

Le 20 février, le sous-marin fut de nouveau repéré et la force anti-sous-marin la plus forte depuis la Seconde Guerre se déploya pour le détruire. Le lendemain aux premières heures du jour, il fut observé en surface : son profil ressemblait à celui des U-boat type XXI. Une fois de plus, il échappa aux salves de grenades et aux torpilles magnétiques. Le 22, il refit brièvement surface pour lâcher de l’huile.

 

Le 23 le contact devait être définitivement perdu et les recherches progressivement arrêtées…

 

Golfo Nuevo

 

Dans le contexte international de la Guerre Froide, cet incident est très documenté mais rien ne permets encore de répondre à trois grandes questions. Quelle était l’origine de ces sous-marins ? Que venaient-ils faire dans ce golfe de Patagonie ? Comment ont-ils pu échapper à la traque de la marine argentine dans cette étendue d’eau presque fermée ?

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Article du Times, 22  février 1960 (anglais)

Article sur l'opération Golfo Nuevo de 1960 (espagnol)

Par Taranto
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 17:36

 

Le temple de Slontah ou d’Aslonta est une petite structure située en Lybie à environ 25 km de la ville de Al Bayda, perdue dans une vallée rocheuse des Montagnes Vertes. Peu étudié jusqu’à ce jour, il présente des caractéristiques qui en font un édifice particulièrement remarquable.

 

 

Avant la conquête par les Grecs d’Alexandre le Grand en 331 avant Jésus Christ , la région de la Cyrénaïque est habitée depuis des temps très anciens par des tribus berbères, des nomades à la culture mal connue.

 

 

 

 

Le temple est richement décoré de sculptures représentant des visages humains, des silhouettes humaines et animales et des têtes désincarnées, le tout façonné directement sur les parois de la grotte dans un style unique à ce lieu. Il se comprend d’une entrée basse en demi-cercle, qui donnait dans une grotte parsemée de colonnes basses circulaires. En 1993 la structure était endommagée par une inondation qui provoqua l’effondrement du toit de la grotte : elle a été partiellement restaurée aujourd’hui.

 

 

L’un des ensemble les plus étonnants se dresse directement à gauche de l’entrée : un groupe de cinq têtes garde l’accès au temple, le visage empreint d’une curieuse émotion. Si leur allure est typiquement africaine, le style est vraiment particulier.

 

 

Plus loin à l’intérieur, un autre ensemble étonnant se compose d’un bas-relief illustrant une procession autour d’un serpent géant, peut-être une cérémonie religieuse associé au culte de la déesse libyenne Lamia. 

 

 

Ce culte d'une divinité reptilienne est assez commun en Lybie, région connue dans l'Antiquité pour l’abondance et la dangerosité de ses serpents : d’après la mythologie grecque, c’était des gouttes de sang provenant de la tête tranchée de Méduse qui les avaient enfantés. Parmi les peuples berbères, les Psylli était réputés comme charmeurs et dresseurs de serpents : ils auraient même été immunisés à leur venin, et Octave aurait fait appel à leurs services pour essayer de sauver Cléopâtre.

 

Lamia était une divinité présidant à la fois à la prospérité et à la mort.  Dans la mythologie grecque, c’était une fille du dieu Poséidon et de la nymphe Lybie : séduite par Zeus, elle lui avait donné des enfants avant d’être rattrapée par la vengeance d’Héra ; la femme de Zeus la maudit en empêchant ses paupières de se fermer ; devenue folle, Lamia dévora ses propres enfants et se transforma en monstre mi-femme mi-serpent ; elle poursuivait de sa folie les jeunes nourrissons jusqu'à ce que Zeus eut pitié d'elle et lui permit de se retirer les yeux. D'après ces éléments, il semble que ce pourrait être une divinité chtonienne, liée à la fécondité et à la divinitation.

 

Lamia © Autumn Haynes

 

Ce n'est que plus tard, pendant la période hellénistique, que le terme lamia désigne un monstre suceur de sang et tueur d'enfant. Pendant la période romaine, lamia est un synonyme de sorcière, comme on peut le voir dans les Métamorphoses d'Apulée, lui-même écrivain d'origine berbère du IIe siècle.

 

Plus loin se dresse un autel, une table de pierre sculptée avec quatre porcs, trois autres têtes de porcs et deux têtes d'hommes barbus. Cet ensemble a donné son autre nom au temple, la Grotte des Porcs. C'est un aménagement plus tardif, remontant sans doute au IIe siècle avant JC, quand l'influence grecque avait triomphé du tabou indigène sur la viande de porc.




Avec ses sculptures étranges, ce petit temple d'une religion oubliée illustre la façon dont les divinités anciennes ont été intégrées dans les mythes et légendes, de la déesse souterraine aux dons de prophéties au monstre dévoreur d'enfants,puis à la séductrice vampirique.
Lamia est de nos jours un prénom d'origine arabe signifiant "chatoyante" , "étincelante" mais aussi "qui a les lèvres rouges ou foncées" ou encore "lèvres pulpeuses"  signe de beauté chez les anciens. Mais il ne faut pas oublier ce que l'on dit toujours en Grèce à propos de la mort subite du nourrisson "τό παιδί τό 'πνιξε η Λάμια" l'enfant a été étranglé par la lamia.
Par Taranto
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