Belle Gunness la veuve noire

Publié le par Taranto

Selon les définitions les plus courantes, un tueur en série est un meurtrier récidiviste ayant commis au moins trois meurtres séparés par un intervalle de temps plus ou moins long. C’est un psychopathe qui se caractérise par le plaisir qu’il tire des meurtres et un sentiment très fort de supériorité. Il n’agit ni par idéologie, ni par fanatisme ni par appât du gain. C’est le plus souvent un homme et les cas avérés semblent se multiplier récemment dans tous les pays. Mais il y a des exceptions.

 

 

C’est aussi devenu un personnage récurrent de la littérature policière, qui s’emploie à développer les personnalités les plus bizarres et les meurtres les plus énigmatiques. Pourtant, la réalité dépasse souvent la fiction.

 

 

Belle Sorenson Gunness ne correspond pas au profil attendu. C’était une femme, née au milieu du XIXe siècle, qui semble avoir été surtout motivée par l’argent. Elle a été accusée d’avoir éliminé plus de 40 personnes entre 1885 et 1908. Aujourd’hui encore, sa disparition reste entourée de mystères.

 

Belle Gunness était née en 1859 en Norvège, dans le village de Selbu, à 60 km au sud-est de Trondheim. Son nom de naissance était Brynhild Paulsdatter Størset. C’était la plus jeune d’une famille de 8 enfants.

 

Ses premières années ne sont pas très documentées. Selon certains biographes, elle était enceinte en 1877 quand elle fut agressée lors d’un bal de campagne. Cette attaque lui aurait provoqué une fausse couche, mais son agresseur, issu d’une famille de riches paysans, n’aurait jamais été inquiété. Selon ses proches, la personnalité de Brynhild en aurait été profondément marquée.

 

Suivant l’exemple d’une de ses sœurs, elle économisa pendant trois ans pour se payer un voyage jusqu’aux Etats-Unis. Elle débarqua à New-York en 1881, se choisissant un patronyme plus américain.

 

On la retrouve en 1884 à Chicago, où elle épousa Mads Ditlev Anton Sorenson. Ensemble ils ouvrirent un magasin de confiseries. Mais les affaires ne marchaient pas quand, en 1887, leur magasin fut détruit dans un incendie. Ils étaient assurés et l’assurance leur versa une somme avec laquelle le couple put s’acheter une maison dans la banlieue d’Austin, demeure qui devait être également ravagée par les flammes en 1898. Là encore, leur assurance leur permit de racheter une nouvelle maison.

 

Le 13 juin 1900, la famille Sorenson fut recensée par l’U.S. Census de Chicago : le couple avait eu 4 enfants. Caroline et Axel succombèrent durant leurs premières années, suite à de violentes coliques. Les deux nourrissons étaient assurés et la compagnie compensa le chagrin des parents. Les deux enfants survivants étaient Myrtle, 3 ans, et Lucy, 1 an. Jennie Olsen, une fille adoptée âgée de 10 ans, fut également comptabilisée dans le foyer.

 

Un mois plus tard, le 30 juillet 1900 s’éteignait Mads Sorenson : c’était le seul  jour où les deux polices d’assurance sur son nom se chevauchaient, doublant la valeur de la compensation… Le premier diagnostic du médecin chargé d’enquêter sur le décès était un empoisonnement à la strychnine. Mais le médecin de famille soignait depuis des années M. Sorenson pour des problèmes cardiaques et le décès fut finalement attribué à un arrêt cardiaque. Belle Sorenson se présenta pour toucher l’argent de l’assurance le lendemain des funérailles de son époux, malgré les protestations et les accusations de la famille. Elle reçut 8 500 $, une fortune pour l’époque, avec quoi elle acheta une ferme dans les environs de La Porte en Indiana.

 

A La Porte, Belle rencontra Peter Gunness, un immigré norvégien comme elle, qu’elle épousa le 1er avril 1902. Une semaine après la cérémonie, la toute jeune fille de Gunness née d’un premier mariage devait décéder de cause indéterminées alors qu’elle se trouvait seule à la maison avec Belle. En décembre 1902, Peter lui-même fut victime d’un accident fatal : alors qu’il travaillait dans la grange, une pièce d’une machine de boucherie se serait détachée et lui aurait fracassé le crane.

 

Une fois de plus, l’assurance versa une compensation de 3 000 $. Mais les gens qui connaissaient Peter Gunness ne croyaient pas à la thèse de l’accident : il avait monté une porcherie sur la propriété et était reconnu comme un boucher expérimenté. De plus, on aurait entendu Jennie Olsen dire que sa mère avait tué son père avec un tranchoir à viande. Le médecin légiste du district étudia le cas et conclut à un meurtre.

 

Belle Sorenson Gunness fut convoquée devant un jury. Sa fille adoptive Jennie fut appelée à témoigner mais nia avoir raconté cette histoire. Belle réussit à convaincre le jury de son innocence : elle était enceinte et les jurés furent apparemment émus par ses difficultés.

 

Belle Gunness et ses enfants


Après cette affaire, Mme Gunness engagea un unique employé, Ray Lamphere, pour l’assister dans le travail à la ferme. En 1906 ils étaient officiellement fiancés quand le voisinage s’inquiéta de ne plus voir Jennie. Belle affirma qu’elle l’avait envoyé suivre des études dans une école luthérienne pour filles de Los Angeles. Malheureusement, la jeune fille devait déjà être morte.

 

A peu près à la même époque, Belle fit publié une petite annonce dans la rubrique matrimoniale des quotidiens de Chicago et des autres grandes villes :

"Charmante veuve possédant une grande ferme dans l’un des meilleurs districts de La Porte, Indiana, souhaite faire la connaissance d’un gentleman du même milieu en vue d’unir nos fortunes. Les réponses par courrier ne seront pas examinées si l’expéditeur ne souhaite pas faire suivre sa réponse d’une visite en personne. Amateurs de bagatelle s’abstenir."

 

De nombreux hommes firent le voyage jusqu’à la propriété de Belle Gunness. L’un d’entre eux était George Anderson, venu du Missouri. Immigrant norvégien comme elle, il fut plutôt déçu par les manières rudes et l’apparence de Mme Gunness, maintenant âgée de 45 ans. C’était alors une femme robuste, mesurant 1,73 m pour près de 91 kg, habituée aux travaux rudes de la ferme et faisant preuve d’une force physique étonnante. Il fut quand même bien reçu et logé dans une des chambres d’amis de la ferme. Il n’avait pas amené d’argent liquide avec lui, mais il avait été touché par les épreuves de son hôte et pensait rembourser l’hypothèque qui pesait sur sa propriété pour ensuite commencer une vie nouvelle à ses côtés. Au cours de la nuit, il fut soudain réveillé : Belle Gunness se tenait dans sa chambre, une bougie dans une main et un marteau dans l'autre, un air des plus sinistres sur le visage. Cette vision fit une telle impression à Anderson qu’il reprit ses affaires et repartit par le premier train. De fait, ce fut le seul prétendant à quitter vivant la ferme de La Porte…

 

En janvier 1908, Andrew Helgelein du Dakota du Sud disparut alors qu’il avait annoncé son intention de rencontrer Belle Gunness. Sa famille s’inquièta et son frère Asle entreprit d’écrire à Mme Gunness pour avoir des nouvelles. Celle-ci répondit que Andrew n’était pas venu la voir et qu’il avait du partir en Norvège rendre visite à sa famille. Selon Asle Helgelein, c’était très improbable et il annonça son intention de venir faire des recherches dans la région de La Porte.

 

A la même période, la situation devait se dégrader entre Belle Gunness et Ray Lamphere, son homme à tout faire. Il semble qu’il ait été jaloux des visites et de la compagnie que recevait sa patronne, et il commença à manifester ouvertement sa colère. En réponse il se fit renvoyer le 3 février 1908 et fut remplacé par un dénommé Joe Maxon.

 

Ray Lamphere semblait en savoir beaucoup sur ce qui passait à la ferme. Gunness chercha à le faire interner mais il fut déclaré sain d’esprit et relâcher. Elle commença alors à répandre le bruit qu’il avait menacé de la tuer, elle et ses enfants. Elle remboursa l’hypothèque sur son domaine et fit rédiger son testament dans le cas où il lui arriverait quelque chose.

 

Le 28 avril 1908, Joe Maxon échappa de justesse à un incendie qui devait complètement ravager la ferme de Belle Gunness. Dans les débris furent découverts 4 corps : une femme adulte dont la tête ne fut pas retrouvée, et 3 enfants. Les enfants furent identifiés comme étant Myrtle, Lucy et Philip, né en 1903 de la brève union avec Peter Gunness.

 

Malgré son procès et les visites qu’elle recevait, Belle Gunness était appréciée dans le voisinage, une femme digne qui élevait courageusement ses enfants malgré les malheurs qui l’aveint frappée. Les gens se souvenaient des menaces de Ray Lamphere et il devint le premier suspect. Quand un témoin déclara l’avoir aperçu s’enfuyant de la ferme juste avant le début de l’incendie, il fut arrêté par le sheriff du comté.

 

Mais pour pouvoir l’inculper de la mort de Mme Gunness, il fallait l’identifier. Il était nécessaire de retrouver la tête manquante et une fouille minutieuse des débris fut organisé par le sheriff. Cela permit de retrouver des fausses dents appartenant à Belle, ce qui semblait confirmer la thèse de l’assassinat. Mais d’autres éléments troublants furent découverts, des montres d’homme, des boutons de manteau, et même des ossements.

 

En mai 1908, Asle Helgelein se présenta devant le sheriff : il avait été informé par la presse des évènements et souhaitait participer aux recherches pour voir s’il ne pourrait pas trouver des traces de son frère. Le policier restait convaincu de tenir le coupable du meurtre mais ne s’opposa pas à cette requête. A la demande d’Helgelein, les fouilles furent étendues à l’extérieur des débris de la ferme : c’est là, dans un terrain vague près de la porcherie qui servait à enterrer les ordures, que fut mis à jour un premier corps. Grâce à sa longue chevelure, il fut reconnu comme étant celui de Jennie Olsen, qui n’était pas partie étudier sur la côte ouest finalement…

 

Les recherches sur le domaine permirent de trouver les restes d’une 40e de cadavres, y compris ceux de deux jeunes enfants et ceux de Andrew Helgelein. Ils ne purent pas être tous identifiés mais la plupart furent associés aux célibataires qui étaient venus voir Belle Gunness. Par contre l’identification de la femme retrouvée dans l’incendie ne devait jamais être confirmée : une fouille minutieuse permit de retrouver des fausses dents appartenant à Belle, mais, même en tenant compte des ravages du feu, le corps semblait correspondre à une femme de moindre stature. De plus, une autopsie révéla que les 4 victimes étaient morte suite à un empoisonnement à la strychnine.

 

Le 22 mai 1908 débuta le procès de Ray Lamphere : en novembre 1908, il fut reconnu coupable d’incendie volontaire mais pas du meurtre de la famille Gunness, et condamné à 20 ans de prison. Il contracta la tuberculose en cellule et devait décéder le 30 décembre 1909.

 

Le 14 janvier 1910, le révérend Schell rendit public les confessions que lui avaient faites Ray Lamphere alors qu’il agonisait en prison. Selon ce témoignage, confirmé par d’autres confidences faites à ses compagnons de cellule, Il n’avait jamais tué personne mais il avait aidé Belle Gunness à disposer de nombreuses victimes. Il avait notamment participé au recrutement d’une jeune servante à Chicago, qui devait être assassinée et décapitée pour tenir le rôle du cadavre de la riche veuve, et à la mise en scène de l’incendie après que Gunness ait empoisonné ses propres enfants. Ils devaient se retrouver sur la route, mais il avait été trahi une dernière fois par la meurtrière qui s’en était allée sur un autre chemin.

 

Lamphere affirmait que Gunness était une femme très riche : selon ses comptes, elle avait éliminé 42 célibataires, recueillant entre 1 000 et 32 000 $ à chaque fois. Lors de sa disparition, elle aurait disposé de plus de 250 000 $, une véritable fortune à cette époque : en 1910, une voiture luxueuse coûtait environ 1 800 $.

 

Au cours des années suivantes, différentes personnes crurent reconnaître Belle Sorenson Gunness à Chicago, San Francisco, New York ou Los Angeles. Pour d’autres, elle se serait enfuie en Norvège. Quoi qu’il en soit, elle ne fut jamais appréhendée.

 

 

 

Des années plus tard, sa sœur devait déclarer : "Belle était folle de l’argent, c’était sa grande faiblesse".

 

 

 

L’article Wikipedia sur Belle Gunness (anglais)

 

Un article sur le site Tueur en Série (français)

 

Un article très complet (anglais)

 

Publié dans Crimes et folies

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