La cité engloutie d'Hélikè

Publié le par Taranto

"Dans l'espace d'un seul jour et d'une nuit terribles, toute votre armée athénienne fut engloutie d'un seul coup sous la terre et, de même, l'île Atlantide s'abîma dans la mer et disparut. "

 


 

"Gibel Atlantidy" de Nicholas Roerich


 Cet extrait du Timée de Platon rappelle l’un des mythes grecs les plus célèbres, celui de la disparition sous les mers d’un continent tout entier. Pourtant, si c’est la légende la plus connue, ce cas n’est pas unique dans les récits de l’Antiquité.

 

Plus modeste que le continent de l’Atlantide, l’île de Chrysè était située près de celle de Lemnos, à mi-chemin entre la Grèce et la Turquie. Elle était célèbre pour son temple d’Apollon, et apparaît à plusieurs reprises dans l’Iliade : c’est notamment là que le héros Philoctète aurait été mortellement blessé par une vipère alors qu’il était en route pour rejoindre le siège de Troie. Elle est encore mentionnée lors de la Troisième guerre de Mithridate vers 70 avant JC.

Mais, quand Pausanias rédige sa Description de la Grèce vers 175, il raconte :

"Il y avait, à peu de distance de Lemnos, l'île dé Chrysé, où Philoctète eut le malheur d'être mordu par un serpent; les flots l'ont entièrement couverte, elle s'est enfoncée et a disparu dans les abîmes, tandis qu'une autre île nommée Hiéra, qui n'existait pas auparavant, est sortie du sein de la mer. C'est ainsi que toutes les choses humaines ne subsistent que pour un temps et n'ont rien de durable."

 

Un autre cas est plus extraordinaire. En une seule nuit d’hiver, la cité grecque de Hélikè fut submergée par la mer à la suite d’un violent séisme qui frappa la côte sud de l’isthme de Corinthe. Cette fois, il ne s’agit pas d’une petite île, mais d’une grande cité.

 

Hélikè fut fondée à l’Age de Bronze, au cours de la période Mycénienne (1550 à 1100 av JC). Au VIIIe siècle av JC, ses colons débarquaient en Italie du sud et fondaient la cité de Sybaris. Au Ve siècle avant JC,  elle était la capitale des douze cités de la première Ligue Achéenne et était déjà célèbre pour son grand sanctuaire dédié à Poséidon Hélikonios, dieu de la mer et des tremblements de terre : au cours de la période classique, ce sanctuaire n’était dépassé que par Delphes en terme d’importance.

 

Pièce de monnaie de Hélikè


C’est au cours de l’hiver 373 av JC que se produisit la catastrophe. Il y avait eu plusieurs présages : des colonnes de feu étaient apparues dans les airs et depuis cinq jours, tous les animaux, même les insectes, avaient entrepris de fuir la ville et ses environs. Au cours de la nuit, la cité, son port et un territoire allant jusqu’à environ 2 km à l’intérieur des terres furent envahis par les eaux de l’isthme de Corinthe. Malgré les secours envoyés par les villes voisines, tous les habitants périrent et il ne resta rien de la cité, à l’exception de quelques fragments et du sommet des arbres sacrés du sanctuaire de Poséidon qui dépassait des flots.

 

Selon la légende, Hélikè avait été fondée par Ion, le chef des tribus ioniennes d’Asie mineure. Quand les habitants de la cité humilèrent des Ioniens, leur refusant une statue de Poséidon et les jetant hors du sanctuaire pour les assassiner, le dieu des tremblements de terre décida de se venger de la ville.

 

Quelques 150 ans plus tard, le philosophe Eratosthène visita le site de la catastrophe et raconta qu’une statue de Poséidon tenant un hippocampe était submergée dans le lagon, représentant une menace pour tous les pécheurs au filet.

 

Lors de son voyage en Grèce, 500 ans après le désastre, Pausanias décrivit le site en précisant que les murs de la ville étaient toujours visibles sous les eaux. De fait, le site devait être une destination appréciée des touristes romains, au cours des siècles suivants. Mais les alluvions du fleuve Sélinus ont peu à peu comblé le lagon, et l’histoire du lieu fut oubliée.

 

Une catastrophe identique eut lieu au même endroit en 1817 : le 23 août, des bruits de canonnades se firent entendre près de la côte, précédant de quelques minutes un violent tremblement de terre. Les eaux envahirent le delta du fleuve, faisant disparaître la plage et toutes les structures côtières : 5 villages furent détruits et 65 personne trouvèrent la mort.

 

Carte de la zone de prospections archéologiques - © Helike Foundation


En 1988, l’archéologue grecque Dora Katsonopoulou lançait le Projet Hélikè en vu de retrouver le site historique. La cité fut officiellement mise à jour en 2001, enfouie dans l’ancien lagon. Depuis, des campagnes de fouilles ont lieu chaque été.

 

Il est intéressant de noter que Platon fut un contemporain de la catastrophe d’Hélikè : il devait rédiger le Timée, où l’Atlantide est mentionnée pour la première fois, 15 ans après le désastre. Hélikè et Atlantis ont en commun  différents éléments, notamment le culte de Poséidon et la vengeance du dieu qui fait engloutir la ville et ses habitants. En 1985 dans "Peut-on démythifier l'Atlantide ?", l’historien suisse Adalberto Giovannini estimait que l’histoire d’Hélikè avait bien du inspirer Platon.


Site sur l'ancienne Hélikè (anglais)

Site du Projet Hélikè (anglais)

Article de Wikipedia sur Hélikè  (anglais)

Article de BBC Science sur la découverte de Hélikè (anglais)
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

P.F.J 09/11/2009 18:21


C'est passionnant ! J'adore l'Histoire, et plus particulièrement l'Antiquité... AZinsi donc, on sait de nos jours que les Tsunami ont existé de tous temps !
Merci pour ce plaisir de lire et de s'instruire.
Pierre


Taranto 10/11/2009 14:36


Merci à vous de prendre le temps de lire ma prose !