Sidney Gottlieb, le sorcier noir de la CIA

Publié le par Taranto

Sidney Gottlieb était un chimiste américain qui travailla pour la CIa pendant la Guerre froide. Il fut surnommé "le sorcier noir" en référence aux black ops, opérations clandestines, mais aussi "le sale farceur de la CIA" et "le véritable Q," en référence aux films de James Bond.


Né en 1918 dans le quartier du Bronx à New-York sous le nom de Joseph Scheider, Sidney Gottlieb Intégra la CIA en 1951. Avec un doctorat de chimie et une spécialisation dans les substances toxiques, il fut intégré dans la division Chimie du Bureau des Services Techniques (Technical Services Staff, TSS).

 


 

Au début des années 50, plusieurs projets furent organisées pour poursuivre l’Opération Paperclip visant à récupérer et exploiter les travaux des scientifiques allemands issus du complexe militaro-industriel nazi. Dès 1947, le projet Chatter recherchait un sérum de vérité fiable. A partir de 1949, la CIA lança le programme Bluebird, qui étudiait les méthodes spéciales d’interrogatoire. En 1951, ce programme déboucha dans le projet Artichoke, qui étudiait les techniques de contrôle mental au moyen d’hypnose et de la dépendance forcée à la morphine ou à d’autres drogues.

 

Le 13 avril 1953, le projet Artichaut fut transformé en projet MK-Ultra, et Sidney Gottlieb en fut nommé responsable. Il disposait de 6% du budget opérationnel de la CIA, sans avoir de compte à rendre devant les autorités.

 

Le programme MK-Ultra s’est intéressé aux méthodes de contrôle mental par le moyen d’agents chimiques, biologiques et radiologiques. La plupart des expériences ont consisté en l'utilisation de psychotropes, particulièrement le LSD.

 

De nombreuses expériences visaient à administrer du LSD à des sujets sans les en informer, afin de pouvoir mieux étudier leurs réactions. C’était une violation du Code de Nuremberg établissant une déontologie internationale sur l’expérimentation humaine, code que les Etats Unis s’étaient pourtant engagés à respecter.

 

Le 18 novembre 1953 était organisée une réunion informelle entre un groupe de quatre scientifiques travaillant pour l'armée et des membres du TSS, dont Sidney Gottlieb. A la fin du repas, ils furent informés que leur digestif avait été épicé d'une dose de LSD "à des fins d'expérimentations scientifiques". Frank Olson était l'un de ces hommes, un spécialiste de la guerre bactériologique. Il avait été témoin des techniques violentes employées lors du projet Artichoke et en avait été passablement choqué : pour la CIA il était considéré comme un facteur de risque pour la sécurité. Au cours des jours qui suivirent, Olson développa un grave état dépressif assorti de paranoïa délirante. Dans la nuit du 28 novembre 1953, il fut retrouvé mort : il se serait apparemment suicidé en se jetant de sa chambre au 13e étages mais les circonstances exactes de sa mort ne sont pas établies.

 

Les méthodes de sélections des cobayes pour ces expériences étaient le plus souvent illégales. A la fin des années 50,  Sidney Gottlieb lança l’opération Midnight Climax, un sous-projet de MK-Ultra : il s’agissait de monter un réseau de chambres de passe gérées par la CIA. Des prostituées payées par l’Agence devaient rabattre des clients dans des chambres spécialement aménagées avec des miroirs sans tain et un système de vidéo-surveillance. Elles devaient ensuite leur faire absorber différentes substances à leur insu. On supposait que les personnes placées dans une telle situation seraient trop embarrassées pour porter plainte en cas de problèmes. Cette opération fut aussi utilisée pour améliorer les techniques de surveillance et de chantage et devait durer jusqu'en 1966.

 

En mars 1960, les services de MK-Ultra furent mis à contribution dans le Projet Cubain visant à déposer Fidel Castro. Gottlieb imagina plusieurs plan pour le discréditer, comme vaporiser du LSD dans un studio de télévision ou enduire ses chaussures de thallium, un métal toxique, afin de le rendre glabre. Devant l'aggravation de la crise avec Cuba, ses services élaborèrent plusieurs plans d'assassinat : empoisonner ses cigares ou les pièger avec un explosif, infecter sa combinaison de plongée avec des toxines, placer une conque piégée sur son parcours de pèche, lui faire parevnir un mouchoir imprégnée de substances létales ou un stylo à encre empoisonnée... Si plusieurs de ces plans rocamboleques furent effectivement mis en oeuvre, aucun n'a abouti (à ce jour).


Au cours de l'été 1960, Sidney Gottlieb effectua un voyage au Congo belge, transportant dans sa valise diplomatique des "substances biologiques toxiques". Ces agents étaient destinés à infecter la brosse à dent du Premier Ministre Patrice Lumumba mais celui-ci est renversé par un coup d'état organisé par Joseph Mobutu, où la CIA est également impliquée.

 

En 1963 Gottlieb fut impliqué dans une tentative de déstabilisation du dirigeant de l'Irak, le général Abdul Karim Qasim. Ses services lui firent parvenir un mouchoir infecté par la toxine botulique. Le général était sérieusement affaibli lors du coup d'état qui devait le déposer en février 1963.

 

En 1967 Gottlieb obtenait le poste de directeur du Bureau des Services Techniques, qu'il occupa jusqu'à sa retraite en 1972. Les expériences avec les psychotropes furent stoppées à cette date et, dans un mémo confidentiel, il concluait finalement que ces substances étaient "trop imprévisibles dans leurs effets sur les êtres humains pour être utiles sur le théâtre des opérations".

 

Les opérations se poursuivirent dans d'autres directions. En 1968, un groupe d'experts de la CIA fut dépêché au Viet-Nam dans le cadre du Programme Phoenix. Installés dans la prison de Bien Hoa, ils pratiquèrent des expériences sur les prisonniers, implantant notamment des électrodes dans leur cerveau pour les pousser à s'entretuer. Ces tests furent arrêtés après leur échec.


Lors de son départ à la retraite, Gottlieb et son chef et mentor Richard Helms firent détruire les documents relatifs à MK-Ultra. Cependant près de 20 000 pages relatives à la comptabilité furent oubliées et présentées en 1977 devant une commission d'enquêtes du Congrès américain.

 


 

Ses années de retraite furent plus paisibles. Bègue depuis l'enfance il obtint un diplôme d'orthophonie. Après avoir servi un temps comme volontaire dans un hôpital pour lépreux en Inde, il consacra son temps à l'élevage des chèvres dans une ferme de Virginie et à la danse folklorique, sa grande passion malgré un pied-bot. Il devait s'éteindre le 7 mars 1999 des suites d'une pneumonie sans avoir livré tous ses secrets.

 

 

L'article Wikipedia sur MK-Ultra (anglais)


Article du New-York Times sur la mort de Frank Olson (anglais)

 

 

Publié dans Histoire secrète

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