Ervil LeBaron et l'expiation par le sang

Publié le par Taranto

Ervil Morrell LeBaron était le chef d’un groupe de fondamentalistes mormons polygames, qui ordonna l’assassinat de  certains de ses opposants, employant la doctrine mormon de l’expiation par le sang pour justifier ces meurtres.

 

Né en 1925, il grandit dans une ferme du nord du Mexique, la colonia LeBaron. Elle avait été fondée par son père, qui avait quitté les Etats-Unis avec ses deux femmes et ses 8 enfants après l’abandon officiel de la polygamie en 1880. Cette communauté devait être excommuniée en 1944 par L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, l’Église mormone officielle, pour avoir poursuivi l’enseignement et la pratique du mariage plural.

 

A la mort du père fondateur en 1951, la direction de cette communauté fut reprise par le frère aîné, Joel LeBaron. De retour dans l’Utah, il fonde en 1955 en l’Eglise du Premier Né de la Fin des Temps (Church of the Firstborn of the Fulness of Times).

 

A l’origine, Ervil est le numéro 5 de la nouvelle église, derrière ses autres frères. Dès 1962, il est devenu le Patriarche Président, soit l’autorité la plus haute après celle de Joël le fondateur. Peu à peu, il commence à contester l’autorité de son frère aîné, prêchant que c’est lui qui devait être le véritable guide. En 1967, Joël et les autres membres dirigeants de l’église dénoncent ses manœuvres et l’excluent du mouvement.

 

Ervil LeBaron et ses fidèles se réfugièrent à San Diégo, en Californie, où ils fondèrent en 1972 une église rivale, l’Eglise de l’Agneau de Dieu. Ervil prêchait alors qu’il était le Puissant et le Fort annoncé par le livre mormon de révélations Doctrine et Alliances : il prophétisa que Joël serait mis à mort et, de fait, Joël LeBaron fut tué d’une balle dans la tête le 20 août 1972. Il apparut que le meurtrier était l’un des fidèles de Ervil.

 

La direction de l’Eglise du Premier Né de la Fin des Temps passa alors à Verlan LeBaron, le plus jeune de la fratrie, qui devint à son tour la cible de Ervil et de ses fanatiques au cours de la décennie suivante. En 1974 ils lancèrent une attaque contre la  communauté  de Los Molinos, en Californie mexicaine : Verlan, qui était absent ce jour-là, échappa à la mort mais deux hommes furent tués et la communauté ravagée.

 

Ervil LeBaron contrôlait ses fidèles par des techniques de manipulation mentale et par la peur. Tout ceux qui contestaient son enseignement ou ses décisions devaient expier leurs offenses par la mort. C’est ainsi que furent exécutés en 1975 trois personnes proches de l’Eglise de l’Agneau de Dieu, y compris sa propre fille Rebecca. Pour ces meurtres, la 10e femme de LeBaron, Vonda White fut condamnée à la prison à perpétuité.

 

Les autres chefs d’églises polygames rivales étaient aussi visés. Le 10 mai 1977, Rulon C. Allred fut abattu par deux femmes : l’une d’entre elle fut arrêtée et identifiée comme étant Rena Chynoweth, la 13e femme de LeBaron.



Ervil Morrell LeBaron
 

A la suite de ce dernier assassinat, Ervil fut arrêté par la police mexicaine et extradé vers les Etats-Unis. En 1980, il fut reconnu coupable d’avoir organisé le meurtre de Allred et condamné à la prison à perpétuité. Le 16 août 1981, Ervil LeBaron était retrouvé mort dans sa cellule du pénitencier fédéral de l’Utah. Coïncidence curieuse, son frère Verlan devait trouver la mort dans un accident de voiture deux jours plus tard.

 

Pendant son emprisonnement, LeBaron rédigea une « bible », le Livres des Nouveaux Pactes (Book of the new Covenants) qui comprenait une liste des membres désobéissants qu’il convenait de punir. Une 20e d’exemplaires furent imprimés et distribués.

 

Le 27 juin 1988 à 16h, trois de ces cibles furent exécutées simultanément. Un ancien homme de main et deux petits-fils d’Ervil furent abattus, avec la fillette de huit ans de l’un d’entre eux qui avait assisté au meurtre. Sept membres de l’entourage de LeBaron furent reconnus coupables de ces assassinats (4 o’clock murders), mais l’une des principales responsables, Jacqueline Tarsa LeBaron est toujours en fuite. Selon le F.B.I., elle pourrait vivre au Mexique ou en Belgique.


 

 Jacqueline Tarsa LeBaron


Selon certaines estimations, ce furent pas moins de 25 personnes qui furent assassinées suite aux directives de LeBaron. De nos jours encore, plusieurs personnes, membres de la famille ou anciens disciples de la secte, vivent dans la clandestinité par peur des représailles.

Lien vers l'article Wikipedia (anglais)

Lien vers un article de Time (anglais)

Publié dans Crimes et folies

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